Archive for mai, 2009

Rencontre avec Tagada Jones

Les Rennais de Tagada Jones parcourent la France depuis 1993 pour nous livrer un métal punk enlevé. Rencontre avec le chanteur Nico qui change ses cordes de guitare avant de jouer à l’Elysée-Montmartre avec Ultra Vomit et Parabellum. 

Ca vous embête de jouer en première partie ce soir ?

 

Non, tout le monde est en tête d’affiche. Ce n’est pas hiérarchisé, ça s’est fait par tirage au sort. Ca devrait être comme ça dans la musique. Les gens viennent dès le début au lieu de boire des bières dehors !

 

 

Tu écoutais Parabellum quand tu étais gosse ?

 

Oui, ça fait partie de nos influences. On a commencé à jouer en pleine vague de l’alternatif. On allait voir des tas de concerts à Rennes : Parabellum, la Mano Negra, les Sheriffs, les Bérus, les Satellites, les Wampas… On était jeunots ! On se disait qu’on aimerait bien se retrouver un jour à leur place. On a commencé Tagada en faisant des reprises de ces groupes-là.

 

 

En parlant des débuts, dans la chanson D. I. Y. du dernier album, tu parles du moment où vous avez abandonné les études pour Tagada. Vous avez douté ?

 

 

Pas vraiment, car on a fait ça à l’âge de l’insouciance. C’est vraiment le moment où tu peux le tenter. Effectivement, il y a eu des tensions avec nos parents, et tous ces gens qui disent : « Vous n’allez pas planter vos études et vos boulots ! » Ce n’est pas dans les normes, et l’entourage n’a pas envie que tu te lances dans l’aventure. Nous, on s’est donné les moyens de le faire. C’était à l’époque où on jouait dans les squats et les bars, pas à l’Elysée-Montmartre, donc nos proches flippaient grave ! Finalement, on ne regrette pas… Aujourd’hui, on joue avec nos idoles !

 

 

Est-ce que le public se renouvelle, comme la pochette de votre dernier album le suggère ?

Oui ! Pour les gens de notre âge, qui ont un travail, une famille, c’est plus compliqué de sortir. À l’adolescence, tu sors beaucoup plus. Pour un groupe comme nous, s’il n’y avait pas d’ados à nos concerts, il n’y aurait plus grand monde ! On a des concerts où il a des gamins de 13 ans, et aussi des fans de la 1ère heure. C’est rassurant.

 

 

Il y a une de vos affiches dans la chambre d’un personnage de Plus Belle La Vie… Ca entache votre « street credibility » ?

 

Ce n’est pas du tout le genre de chose qu’on cautionne… Ca me fait rigoler, parce qu’il y a plein de gens qui nous le disent, ça veut dire qu’ils regardent ! Mais sinon, ça ne me dérange pas…

 

 

Votre chanson « W » est-elle obsolète, ou non car tu es déçu par la politique d’Obama quant à l’Irak ?

 

Obama va vers le plus. Certes, il est pieds et poings liés. On verra le bilan dans 4 ans, mais je pense que ce sera sans aucune commune mesure avec W. Ce sera 1000 fois mieux. On est enfin débarrassés de ce mec-là, qui a quand même été un poison pour le bien-être de millions de gens dans le monde ! Bon, Obama n’est pas un mec de gauche non plus — ça n’existe pas aux Etats-Unis — mais ce sera bien moins pire que Bush.

 

 

Ce qui s’est passé à Strasbourg au sommet de l’OTAN avec les manifestants, c’est un peu votre morceau « Désobéir »… Tu cautionnes ?

 

Pour la révolte, oui. Pour les gens extrémistes, les casseurs, non. C’est ridicule, ça ne sert à rien. La dernière fois, on rigolait : l’autre con, il a encore décrété une loi qui dit que manifester avec une cagoule va être interdit ! Je ne cautionne pas un mec qui va profiter d’un mouvement social pour casser des trucs… Les petits commerçants n’y sont pour rien, ça n’a rien à voir avec les grands pontes du capitalisme. Il y a plein de gens de la classe moyenne qui investissent dans des SICAV, mettent de l’argent de côté… Quelque part, c’est cautionner ce système capitaliste, ce système qui les fait travailler trois fois plus, qui leur tire dessus…  

 

A paraître dans Réplik. 

Published in:Art |on mai 8th, 2009 |No Comments »

Rencontre avec Parabellum : “Si je posais un CV à Carrefour, ils ne me prendraient pas.”

Parabellum est l’un de ces groupes mythiques qui a fait l’effervescence punk française du milieu des années 80. Aux côtés des Bérurier Noir, des Wampas ou encore du futur Manu Chao, ils parcouraient les squats de France et de Navarre. Leur premier album, « On est gouverné par des imbéciles » a trouvé un écho chez toute une génération grâce à des titres comme « Anarchie en Chiraquie » ou les reprises « Cayenne » et « Amsterdam ». Retournons à l’époque où Chirac était Maire de Paris avec Schultz, leader géant d’un de ces rares groupes qui tournent toujours et dont les morceaux sont plus que jamais d’actualité.

La semaine dernière, les « anarchos-autonomes » ont tout fait péter à Strasbourg au sommet de l’OTAN. T’en penses ?

Ils les ont foutu là où il fallait pour que ça fasse le bordel. Maintenant, MAM dit qu’on n’a plus le droit d’avoir de capuche… C’est despotique. C’était gros comme un éléphant dans un couloir qu’il y allait avoir de la casse… On peut même se demander s’il n’y a pas des mecs des RG pour démarrer le feu. Ca s’est déjà fait : le Drugstore Opéra en 67. La manif se passait bien jusqu’à ce que le bruit courre qu’on allait à l’Elysée. Des mecs sont arrivés, pas des rigolos : tous les gars de la sidérurgie et des mineurs. Ils sont entrés au Drugstore pour tout péter. Donc la police avait une raison valable pour intervenir. C’est toujours le même principe, c’est vieux comme mes robes.

Qu’est-ce que tu penses de la loi Hadopi ?

C’est complètement idiot. On peut prendre l’adresse IP de quelqu’un d’autre. Ce n’est pas gérable. Si les maisons de disques ne pratiquaient pas des prix exhorbitants… C’est comme les Français avec le monopole du pinard. En plus, dans les années 70, le patron de Sony était catastrophé par les copies de cassettes audio. « C’est la mort du petit cheval », qu’il disait. Et dans les années 90, c’est le même discours avec les CD gravables. Et maintenant, c’est Internet ! Ca va, les artistes n’ont qu’à jouer sur scène un peu !

Tu jouais au début des années 80 avec Manu Chao dans Los Carayos. Qu’est-ce que tu penses de lui aujourd’hui ?

C’est un mec que j’aime bien. Il a fait une belle route. Il n’a pas fini son voyage en plus. Je ne suis pas fait de tout ce qu’il a fait. On s’est fendu la gueule pas mal de fois. Je jouais dans Los Carayos et Parabellum en même temps. Une fois, j’ai joué 4 fois en 24h, à 600 bornes de distance, entre Morlaix et Guize.

Et avec Didier Wampas, t’as toujours des contacts ?

Quand on se croise, ouais. La dernière fois c’était à un festival. T’es en train de jouer et t’as Didier qui te sautes dessus ! Tu lui dis : « Eh merde, je suis au boulot là ! » Il est rigolo. Il monte sur une scène, il n’est plus le même homme.

On est à côté de la rue des Martyrs. Est-ce que t’as connu ce fameux « bar-tabac de la rue des Martyrs » ?

Je ne traînais pas trop à Pigalle, à part pour les magasins de musique. Mais je n’étais pas très riche, et ça me faisait mal de voir de superbes guitares.

T’as connu l’époque des squats, de l’effervescence punk… Mais aujourd’hui, tu ne peux plus jouer dans un squat à cause de ta notoriété. Ca ne t’embête pas ?

Non. On joue encore de temps pour les bonnes œuvres. On ne peut pas faire que ça. Parce que la musique, c’est quand même notre casse-croûte. T’auras toujours des bonhommes pour râler, dire que les concerts que sont trop chers. Si tu faisais des concerts gratos, ils voudraient que tu les paies ! Alors qu’on ne vend pas beaucoup d’albums…

Tu as dit que Parabellum était engagé, mais de façon fun. Est-ce que c’est une manière de ne pas se prendre au sérieux ?

J’ai des convictions, mais je les garde pour moi. Le fun, c’est une excellente matière de mettre les problèmes en face des gens. Quand tu écoutes les paroles, ça grince quand même. Certaines de nos chansons sont encore d’actualité 25 ans après, comme « Les Restos du cœur ». C’est l’Etat qui devrait s’en occuper… Il est en train de casser l’hôpital, tout le service public. Les pompiers font grève pour que leur métier soit considéré à risque, et on le leur refuse. C’est hallucinant. J’ai envie d’en parler, mais d’une manière fun.

Les Svinkels ont repris votre « Anarchie en Chiraquie ». Ca t’a fait plaisir ou ça t’a rendu triste de voir que c’était toujours d’actualité ?

Ca m’a fait énormément plaisir. Ca résume à peu près tout le truc. C’est toujours d’actualité, mais en même temps c’est une chanson très fun. Ca fait 25 ans qu’on remercie les langues de putes et les faux-derches qui ont fait notre fonds de commerce.

En 86, les Bérus sont passés sur NRJ un peu malgré eux. Puis TF1 leur a proposé de jouer, mais pas des chansons comme « Vive le feu » ou « Porcherie ». Si TF1 vous avait proposé, qu’auriez-vous répondu ?

On a eu un peu le même truc. On a sorti un disque de reprises de Saturnin, le canard malin, « Mon Grand frère est un rocker ». Du coup, on est passés sur Antenne 2, FR3… Au bout d’un moment, on s’est regardé et on s’est dit : « Mais attends, Parabellum c’est le groupe qui arrive sur un plateau télé et qui chante le Petit canard youpi youpi ? » Et on leur a chié dans les bottes, on s’est cassé, ce qui nous a valu évidemment des inimités tout à fait intéressantes. On l’a payé. Comme toute forme de liberté, ça se paye. Mais on est assez contents de l’avoir fait comme ça. Parce que « Parabellum Saturnin »… Je préfère qu’on dise « Parabellum Cayenne, Amsterdam ».

Justement, t’en n’as pas marre de jouer « Cayenne » et « Amsterdam » ?

Non. Je les joue depuis 25 ans et je me régale tout le temps. Si on se faisait chier, on arrêterait. De toute façon, si je posais un CV chez Carrefour, ils ne prendraient pas.  

 

A paraître dans Réplik. 

Published in:Art |on mai 8th, 2009 |No Comments »


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